L'ostéopathe fait-il un diagnostic médical ?

 

Non, bien évidemment. un diagnostic médical est un acte médical, réservé à un ou plusieurs docteurs en médecine, à l'issue d'investigations cliniques, paracliniques donnant une réponse à une hypothèse de maladie. D'après le Larousse, c'est le "Temps de l'acte médical permettant d'identifier la nature et la cause de l'affection dont un patient est atteint."

Ce terme n'est néanmoins pas une exclusivité médicale, ce qui permet à l'ostéopathe de faire un diagnoctic ostéopathique. Une autre définition à portée plus générale peut être donnée : "Identification de la nature d'une situation, d'un mal, d'une difficulté, etc., par l'interprétation de signes extérieurs"

Que faites-vous lors du traitement ostéopathique ?

 

Le but est d’évaluer le déséquilibre mécanique du tissu conjonctif et de retrouver un équilibre par une réorganisation des fibres conjonctives (collagène) supportant les contraintes. L'ostéopathe, par contact manuel, guide et aide à cette réorganisation du tissu conjonctif. 

Que sentez-vous dans les mains ?

 

L’apprentissage manuel acquis avec l’expérience permet de développer des sensations tactiles. On dit que la formation en ostéopathie travaille la main ; en fait l’apprentissage et la pratique intensive développent les représentations mentales liées aux sensations tactiles perçues. L’ostéopathe, par le toucher sensitif, va percevoir des zones rigides ou souples dans votre corps. Dans une spécialité des sciences de l’ingénieur (la résistance des matériaux), on parle de dureté, de rigidité et à l’inverse de compliance d’un matériau. Dans votre corps l'ostéopathe perçoit, évalue et corrige la qualité tissulaire de ces zones rigides. 

Mon ostéopathe pose ses mains et semble ne rien faire : est-ce normal ?

 

Deux choses possibles : ou il dort, ou il est à « l’écoute » de vos tissus à travers la peau afin d’évaluer leur qualité et de l’améliorer par le traitement non manipulatif.

Comment l’ostéopathe peut-il sentir des choses avec sa main ?

 

Lorsque les sensations concernent le toucher cela paraît impossible de ressentir avec finesse. Personnellement, je suis étonné de voir un œnologue capable de distinguer à l’aveugle plusieurs vins avec autant de précision. De même un parfumeur (un « nez ») parvient à isoler des fragances multiples plus vite qu’une analyse chimique à l’aide d’un spectrographe de masse. Tous ont acquis une expérience sensorielle grâce à un apprentissage long et répétitif du type compagnonnage.

En Ostéopathie, vous utilisez un jargon bien particulier. Comment peut-on s’y retrouver ?

 

C’est la grosse difficulté, pour des métiers encore jeunes, de trouver un langage approprié et correspondant à sa pratique. Ce langage particulier donne une identité spécifique au métier. Néanmoins, il ne faut pas non plus avoir un jargon non entendable par d’autres personnes ne connaissant pas le métier, il en va de la légitimité et de la reconnaissance professionnelle surtout dans un cadre scientifique. C’est le point faible de l’ostéopathie : être entendable par des scientifiques afin d’être reconnu. Cependant, certaines professions artistiques en relation avec la sensorialité ont un jargon particulier et métaphorique. Un œnologue dira d’un vin qu’il est « rond en bouche » (qu’il n’a pas d’aspérité en bouche, qu’il rempli toute la bouche), d’un vin « tendu » (que son acidité est forte et surprend, tendu comme une corde à linge), qu’il a un gout de nougatine, qu’il est boisé, fleuri. Toute une symbolique géométrique, florale, culinaire sans avoir les ingrédients évoqués.

Ne parle-t-on pas d’art thérapeutique ?

Qu’est-ce que l’ostéopathie structurelle et fonctionnelle ?

 

On à l’habitude de différentier l’ostéopathie non manipulative, dite « fonctionnelle » (terme impropre, comme si le fait de poser les mains n’avait aucun rapport avec la structure) à l’ostéopathie structurelle (celle qui fait des manipulations vertébrales et articulaires, terme aussi impropre, comme si le fait de manipuler n’avait aucun rapport avec la fonction, or les manipulations sont censées améliorer la mobilité articulaire). Pour simplifier à l'extrême, on peut dire que les techniques structurelles concernent les manipulations et que les techniques fonctionnelles sont non manipulatives. 

Faut-il être ostéopathe exclusif pour être un bon ostéopathe ?

 

Un ostéopathe exclusif ne pratique que l’ostéopathie.

En réalité, je n’ai jamais bien compris ce que pouvait être l’exclusivité en ostéopathie. Je suis à la fois enseignant en ostéopathie et praticien en libéral. Qu’en est-il des jeunes diplômés issus de formations initiales qui continuent à travailler dans un autre domaine ? Idem pour les praticiens qui exercent l’homéopathie ou l’acupuncture en parallèle de leur pratique ostéopathique ; sont-ils ostéopathes exclusifs ?

Bien évidemment certains praticiens comme moi-même ont plusieurs cordes à leur arc dans leur pratique, pour le plus grand bien des patients.

En somme ne pas être exclusif c’est plutôt une richesse. 

Est-ce que l’ostéopathe fait obligatoirement « craquer » les vertèbres ?

 

Non, bien évidemment. Cette thérapeutique, quoique répandue dans l’inconscient collectif des patients et dans certains cabinets n’a rien d’une pratique exclusive. 

Est-ce que faire « craquer » les vertèbres soulage et soigne ?

 

Oui, au début, si le problème a pour origine la zone vertébrale et son environnement proche uniquement. Comment imaginez-vous que la perte de mobilité de votre tronc soit uniquement due à vos vertèbres ? Comment des ostéopathes qui annoncent prendre en charge la globalité du patient focalisent leur traitement sur une partie des vertèbres ?

A quoi ça sert de faire « craquer » les vertèbres ?

 

Le but est de faire céder un spasme musculaire par une manipulation pouvant altérer la mobilité d’une vertèbre. 

Qu’est-ce qui provoque le « crack » ?

 

C’est un bruit audible d’origine inconnue, qui soulage certes, mais qui ne corrige pas grand chose (à moins de le démontrer).

Une vertèbre peut-elle se déplacer ?

 

Oui, en cas de traumatisme important. On parle de luxation vertébrale ou de subluxation en fonction de la quantité de déplacement. De telles atteintes nécessitent une prise en charge médicale. C’est une urgence chirurgicale car les luxations peuvent entrainer un conflit neurologique mécanique paralysant.

Lors de votre visite médicale ou ostéopathique, vous n’êtes heureusement jamais dans ce cas. L’ostéopathe ne « replace » pas grand chose en fait.

Est-ce que l’ostéopathie c’est comme la kinésithérapie ?

 

Non, et c’est complémentaire. Le kiné établi des protocoles de traitement pour faire face à des pathologies du système musculo squelettique et neurologique. Des séances répétées permettent la rééducation (retrouver une autonomie fonctionnelle suite à un traumatisme ou à une atteinte transitoire, la récupération ad integrum de la fonction atteinte est possible) ou la réadaptation fonctionnelle (apprendre à pallier à des séquelles traumatiques invalidantes et définitives, la fonction est dans ce cas non récupérable donc une adaptation est nécessaire)

Est-ce que l’ostéopathe favorise l’auto guérison ?

 

Je préfère parler d’auto organisation du tissu conjonctif. Cette notion a été largement débattue (Henri Atlan) et est de plus, utilisée en biologie. Encore faudrait-il être sûr que l’ostéopathie guérit, et de quoi. En cas de maladie, les capacités d’auto guérison sont dépassées.

Le mot « guérison » est adapté en référence à un "objet-maladie" de type aigu. On parle de guérison de fracture, d’une infection bactérienne mais pour des maladies chroniques ou cycliques peut-on parler véritablement de guérison ? Rémission, stabilisation semble plus adapté.

Peut-on parler de maladie et de guérison lors d’une perturbation de la qualité mécanique du tissu conjonctif ? Un phénomène de désadaptation des tissus aux contraintes est-il plus précis ?

Que dire de certaines maladies non présentes pour lesquelles on parle de « facteurs de risque » ? Que dire des patientes dépistées précocement (facteurs de risque établi à l’aide d’un séquençage génétique) qui pourraient développer un cancer du sein dans 20 ans ? Ce dépistage une bonne chose et cela permet de faire une médecine individualisée mais doit-on pour cela faire une ablation mammaire bilatérale préventive systématique ? Peut-on parler dans ce cas de guérison ?

Une séance d’ostéopathie, c’est cher non ?

 

Ça peut paraître cher à première vue, mais pas plus qu’une coiffure pour femme (sans la coloration). Combien coute le déplacement à domicile d'un artisan ? Rien de cela n’est pris en charge par l’assurance maladie, néanmoins de plus en plus de mutuelles remboursent en partie les séances d’ostéopathie. Sans juger de la compétence de qui que se soit, permettez-moi d’être parfois indigné de constater qu’une consultation de spécialité médicale coute 30 euros (tarif en secteur 1) pour douze ans d’études après le bac et qu’une épilation coute le même prix avec un CAP. Peut-on parler de véritable « sacerdoce laïque » dans le cas des médecins ? Il suffit de voir la fréquence des rendez-vous en coiffure et en esthétique pour s’apercevoir que le prix de l’ostéopathie n’est pas un problème. 

Le prix de la consultation est-il lié à la qualité de l’ostéopathe ?

 

Ce prix est lié à plusieurs choses : sa compétence, son expérience, ses charges locatives liées au lieu d’exercice, le temps passé en consultation, etc.

Combien me faut-il de séances pour un traitement ?

 

Tout dépend de nombreux facteurs : votre âge (la récupération est plus facile à 20 ans qu’a 80 ans), de votre état de santé initial (si vous n’avez jamais été malade ou avez eu de nombreuses pathologies graves), votre environnement, vos capacité de résilience.

Tout dépend aussi du type de travail que vous propose votre ostéopathe, en accord avec vous. Une problématique simple ne nécessite pas beaucoup de séances, un travail de fond, en dehors de période de crises, peut vous amener à consulter à plusieurs reprises pour régler votre problème.

Si votre problème « nécessite » quelques séances, cela ne veut pas dire que c’est une obligation. Le système de « forfait » n’améliore rien du tout excepté les finances et le remplissage de l'agenda de votre ostéopathe.

Chaque patient est libre de choisir son thérapeute. Les praticiens sont là pour favoriser votre autonomie en matière de santé et non leur autonomie financière. La bonne relation thérapeutique se construit autour d'une confiance mutuelle. La relation maternante ou paternante sur la durée n’est pas favorable à une bonne autonomie du patient.

Quel est le délai entre deux séances ?

 

Il est fonction de vos capacités de résilience, de votre adaptation aux contraintes traumatiques et de celle inhérente au traitement ostéopathique. En pleine crise, votre ostéopathe peut vous voir 2 fois par semaine et lorsque vous allez mieux, espacer les rendez-vous si le traitement le nécessite.

Certains thérapeutes font un travail de fond qui ne nécessite pas de rapprocher les séances à outrance, deux ou trois par an peuvent suffire. 

Avez-vous une place en urgence ?

 

Qu’appelez-vous une urgence ? Est-ce le fait d’être sur le point de défaillir de douleur ? Ou êtes-vous simplement pressé(e) ? Dans le premier cas des anti douleurs marchent très bien préalablement à la consultation ostéopathique. votre ostéopathe évalue votre problème ou vous réoriente vers un médecin garantissant votre sécurité et votre santé. Dans le second cas, votre empressement, pouvant être lié à une grande pénibilité comprehensible, n'a rien d'une urgence médicale. 

Certaines pathologies nécessitent une intervention urgente et vitale (certaines atteintes cardio vasculaires, syndromes infectieux ou viraux, atteintes viscérales, traumatiques graves, pathologies cancéreuses et métastasiques).

Les prises de rendez-vous sont fonction des disponibilités de votre ostéopathe et des vôtres. Tout dépend de l’installation de cette douleur, depuis combien de temps est-elle présente ? (De nombreux patients font une demande de rendez-vous urgente pour une douleur qui date d’une quinzaine de jours). A quel évènement est-elle liée par exemple. Plein de paramètres entent en ligne de compte avant d’imaginer qu’une manipulation miracle puisse vous « débloquer ».

Bien souvent la réussite de l’ostéopathe face à votre demande (je suis sorti(e) de chez lui et je n’ai plus mal du tout, quel magicien !) ou l’échec de celui-ci (j’ai toujours mal, il est inefficace) va conditionner sa bonne ou mauvaise réputation. Malheureusement la magie n’existe pas !

L’ostéopathe d’une amie a 1 mois d’attente pour obtenir un rendez-vous : il doit être compétent.

 

Si la compétence d’un thérapeute est liée au délai pour obtenir un rendez-vous, alors qu’en est-il de celui qui a 3 mois de délai ? Est-il trois fois meilleur ? Je suis étonné de constater que dans certaines régions, où les ostéopathes étaient peu nombreux, les plus anciens réduisent considérablement leur délai de prise de rendez-vous à cause de l’installation parfois massive de certains jeunes praticiens. Deviennent-ils moins compétent pour autant ?

La compétence est consécutive à de multiples critères et pas uniquement une histoire de remplissage d’agenda !

cette petite vidéo tirée du film la crise de Coline Serreau en dit long...

Dois-je être soulagé dès la première séance ?

 

Encore une fois, l’ostéopathie n’est pas miraculeuse. A l’issue d’une séance d’ostéopathie, vous pouvez être soulagé(e) immédiatement mais la plupart du temps, les effets bénéfiques se font sentir au bout de quelques jours. Parfois une recrudescence des symptômes survient, ce qui peut nécessiter un suivi jusqu’à résolution complète. Néanmoins il faut se méfier des « suivis » mensuels pour des problématiques identiques afin d’éviter une certaine dépendance à la thérapeutique ostéopathique ou à l’ostéopathe. Evitez les gourous !

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Est-il préférable que mon ostéopathe soit un professionnel de santé ?

 

Je préfère faire la distinction entre un professionnel de santé et un « acteur » de votre santé. Pour moi, le patient lui-même est un acteur de sa propre santé. Le fait d’adopter des comportements préservant sa santé est une première approche préventive et durable. Les troubles du comportement alimentaire, les addictions (alcool, tabac et toutes les addictions légales) ont un impact énorme en terme de santé publique et individuelle. Les troubles cardio-vasculaires en général inhérents à ces modes de comportement sont des lieux communs de notre civilisation « évoluée ». L’évolution technologique permet de faire de la médecine détective et curative, la modification en amont de nos comportements et de notre environnement permet de faire de la médecine préventive. J’ai la conviction que la médecine préventive n’a rien de médical mais serait plutôt d’ordre environnemental et comportemental.

Pour en revenir aux professionnels de santé ; qui est le garant de votre santé ? Votre maraicher qui vend des légumes bio, votre coach sportif ou le fabriquant, le prescripteur du médiator ?

Si votre ostéopathe est compétent, curieux, honnête et humble, le fait qu’il soit professionnel de santé ne change pas grand chose.

 
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